Coquelles et son Histoire

Les maires de Coquelles

Le premier maire de la commune fut Caron Brasseur à qui succéda Césaire Evrard le 20 décembre 1792.
Voici dès lors les noms de ceux qui ont exercé la première magistrature du pays :

– François Vasseur 12 priairial 1793
– Joseph Caron 15 octobre 1795-1808
– Hubert Pigache 1808-1821
– Jules César Dupont 1821-1867
– Jules Lefebvre du Prey 1867-1901
– Jules Vasseur 1901-1904
– Armand Bara 1904-1913
– Hilaire Marant 19131919
– Auguste Lefebvre 1919-1925

– Joseph Marant 1925-1937
– Auguste Lefebvre 1937-1940
– Abel Mobailly 1940-1975
– Michel Grassien 1975-1983
– Pierre Crespel 1983-1995
– Astrid Crespel 1995-2003
– Michel Selingue 2003-2006
– Michel Hamy 2006-

La population

En 1789, on compte 339 habitants
En 1829 438 habitants
En 1832 443 habitants
En 1876 455 habitants
En 1881 502 habitants pour 120 Maisons
En 1896 616 habitants pour 153 Maisons
En 1901 630 habitants pour 149 Maisons
En 1906 655 habitants pour 160 Maisons
En 1911 736 habitants pour 170 Maisons
En 1921 843 habitants pour 190 Maisons
En 1926 862 habitants pour 224 Maisons
En 1931 927 habitants pour 250 Maisons
En 1936 864 habitants pour 248 Maisons

En 1946 866 habitants pour 201 Maisons
En 1954 972 habitants pour 280 Maisons
En 1961 1176 habitants pour 341 Maisons
En 1962 1138 habitants pour 307 Maisons
En 1968 1144 habitants
En 1975 1248 habitants
En 1978 1818 habitants
En 1980 1985 habitants
En 1982 2081 habitants
En 1990 2134 habitants
En 1999 2415 habitants
En 2009 2383 habitants

Histoire de la ville de Coquelles Par l’Abbé Boutoille

Son Nom

Malgré l’apparente étrangeté de ses formes orthographiques anciennes, le nom de notre ville pourrait être d’origine latine, dérivant soit de la chaux qu’on y faisait, soit de la chaussée romaine qui traversait le territoire.

Quoiqu’il en soit, le nom apparaît pour la première fois en 1145, sous la forme de Qualquella. Ensuite on trouve Calquella, Galewilla, Kalquilla. Pendant l’occupation anglaise, on voit sur les cartes Calkwell ou Calkewell et Kalkully. Une carte d’Orteli, en 1558, c’est-à-dire après la reprise du Calaisis sur les Anglais, mentionne Conquelle ; une autre, en 1600, donne Coquelles et, dans la suite, les actes paroissiaux portent avec une variété remarquable Cauquelle, Caucquel, Cocquelle, Coquele, Coquelle, Coquelles orthographe définitive.
Il ne subsiste aucun vestige des époques gauloise, romaine ou franque. A cela, rien d’étonnant le pays ayant été plusieurs fois bouleversé et ravagé par les invasions.

Au Moyen Age, nous sommes un peu plus heureux. Il existe encore au début du siècle dernier dans la propriété venant de la famille Dupont (actuellement Ferme FOURNIER), un monticule entouré d’une dépression de terrain qui est sûrement l’emplacement du château fort, résidence des seigneurs de Coquelles.

Les seigneurs

Les seigneurs

Les seigneurs de Coquelles apparaissent dans l’histoire, au cours des dernières années du XIIe siècle, Eustache de Kalquella qui avait épousé Adelis de Campagne, fille d’Henri et d’Adelis de Conteville, est cité dans une charte de la Comtesse Ide de Boulogne pour l’abbaye de Licques 1183.

Blessé mortellement dans un tournoi, Eustache de Coquelles vint mourir à Andres, dans la maison de son beau père avait fait bâtir et où il ne demeure que l’espace d’une seule nuit.
L’abbé Pierre Minnes l’assista à ses derniers moments et le revêtit de l’habit religieux avant qu’il rendit le dernier soupir. Le mourant voulut être enterré dans l’abbaye à laquelle il laissa, par testament, cinq journaux de terre situés dans la paroisse de Boderieke, avec une rente de cinq poquins de froment pour son anniversaire. On en a la charte insérée dans la chronique d’Andres sous la date de 1193.

Eustache de Coquelles avait deux frères : Guillaume et Vivien qui, présents à cet acte, en confirmèrent les dispositions. On trouve encore le nom de Guillaume de Coquelles, à la cour du comte Renault de Dammartin, lorsque ce dernier reconnut, en faveur de l’abbaye d’Andres, la possession du bois d’Odrenault (Hodenehout) en 1194.

Lambert d’Andres nous apprend que ces trois frères, Eustache, Guillaume et Vivien, étaient fils de Simon de Markène et par conséquent, neveux d’Arnoult IV d’Ardres, ce qui les mettait au premier rang dans la chevalerie du comté. Ce Simon de Markène et son frère Guy de Coquerelle avaient donné, en 1173, à l’abbaye de Licques, une terre située à Campagne. Et le père de Simon de Markène s’appelait Elembert, marié en premières noces à Mathilde (d’origine anglaise), morte en odeur de sainteté (sépulture provisoire à Saint-Tricat, puis disparue), et en secondes noces, à Adelis de Licques.

Signalons encore une autre donation faite à l’abbaye de Licques, en 1223, par Manassès de Coquelles : une dîme eu Cocquerelle, l’autel de Baudricq et la troisième partie des dîmes de ladite paroisse.

A la fin du XIIIe siècle, les chartes d’Artois nous révèlent l’existence d’une dame de Coquelles qui était propriétaire, en partie, des fours banaux de la ville de Calais. Plusieurs personnages, qui avaient négligé de cuire leur pain à ces fours comme ils y étaient obligés, furent poursuivis à la diligence de cette dame par son bailli, Jean Strekelcop.
C’étaient, entre autres, Hugues de la Harpe et Agnès Tavels, qui se défendirent devant le doyen de Bourbourg, le doyen de notre Dame de Calais et l’official de Thérouanne chargés d’instruire l’affaire.


En 1339-1340, les comtes de Boulogne percevaient une partie de la dîme de Coquelles : elle leur rapportait 8 livres 16 sous 6 deniers, selon les états des recettes dressés par Jean de Pernes, Bailly de Wissant, pour être présentés à Marguerite d’Evreux et à la Comtesse Jeanne de Boulogne.

En 1346, après la bataille de Crécy, Edouard III d’Angleterre veut s’emparer de la ville de Calais. Il fait fortifier le port de Wissant établit une redoute à Sangatte et met le siège devant la ville en faisant camper son armée sur « les Pierrettes »

Alors s’engage entre les seigneurs de Coqquelles et les Anglais une lutte inégale qui se termina par la disparition du château et de la famille des seigneurs de Coquelles.
En 1360, le traité de Brétigny stipula expressivement que ce village ferait partie de la nouvelle conquête.

Villages disparus

Ales

De l’histoire des seigneurs de Coquelles, il convient de rapprocher celle de deux localités qui furent sièges de maison seigneuriale et d’église installées sur le territoire actuel de Coquelles.
La première est la seigneurie d’Ales (Ales ou Axles). 
Robert d’Asles signe comme témoin au bas d’une charte de Manassès de Guînes, en l’an 1116. Walter de Aslas est cité dans un acte un peu plus ancien, quoique sans date, et il reparaît, en 1136, comme témoin de diverses donations faites à l’abbaye d’Andres par Eustache de Balinghem. On l’y trouve en compagnie d’un autre Walter, son fils, avec Alolphe et Jourdain de Axla, sans doute ses parents. Ce même Alolphe ou Aluphe de Ales possédait, dans le village dont il portait le titre sur la paroisse de Coquelles, une dîme qu’il engagea à l’abbaye d’Andres, moyennant le prêt de la somme de 85 marcs d’argent. Ide de Boulogne, en 1179, et Bauduin de Guînes, à la même date, ratifièrent cet engagement par des chartes que Guilllaume d’Andres a insérées dans sa chronique. Mais ces sortes d’opérations étaient souvent fort précaires. Robert de Asles, héritier d’Alulphe, ne manque pas de troubler les religieux dans la jouissance de la dîme, à propos de laquelle il leur extorque un supplément de 60 livres parisis. Ce fut l’occasion de rédiger cinq nouvelles chartes : deux par Robert de Asles, deux autres par l’évèque Adam de Thérouanne et une par Simon de Coquelles (Simon dominus de Colquilla) avoué de Guillaume et Mathilde, enfants mineurs dudit Robert. Ces pièces sont toutes datées du mois de mars 1223, celle de Simon de Coquelles, qui prend la qualité de voisin du donateur, est faite au village même (apud Ales) en présence de nombreux témoins (Chronique d’Andres, pages 790).
Alulphe de Axla est encore cité dans une charte de la comtesse Ide de Boulogne, en 1183, à propos d’une autre dîme celle de Westaxla, dont il avait donné les deux tiers à l’abbaye de Licques, de concert avec Guillaume de Tournehem, son vassal. Cette donation est confirmée par le pape Lucius III, l’année suivante, sous la dénomination de « décimam in Axla » ce qui indique bien qu’il s »agit du même territoire.
L’on connaît encore deux autres seigneurs de ce nom : Simon de Alles, qui signe au bas d’une charte d’Arnould d’Ardres, relative à la dîme de Zouafques, vers l’an 1173, et Bauduin de Allés, dont il existe une charte inédite, donnée en 1250, en faveur de l’abbaye de Saint Léonard de Guînes.
C’est à Ales (apud Axlas) qu’Eustache Le Moine, alors sénéchal de Boulogne, donna rendez vous aux habitants de la terre de Merch (Marck) pour travailler, en 1203, à creuser un fossé immense, dans le but de protéger ce pays contre les agressions des GuînoisIl est dit dans le texte, que ce village d’Ales était situé « juxta calcatam » près de la chaussée qui menait droit au canal de Nivennam et, de là, à Calais.

On en retrouve encore la mention, en 1280, dans l’énumération qu’Arnoult III de Guînes a faite de 500 livrées de terre qu’il voulait céder à Beaudoin, son frère, en divers lieux : c’est à savoir en Sangatte et à Ales et ne Pepelinghe et en Bessinghe et en Hesvedinghem et en Escales et en Ramarsault, etc.
Les comtes de Boulogne y possédaient une serjanterie affermée, en 1340, à un nommé Torin, sergent d’Ales, qui en paie à la comtesse Jeanne une somme de 9 livres 6 sous 8 deniers reçue par le bailli de Wissant. Le nom du village et la famille seigneuriale disparaissent complément lors de l’invasion anglaise (1346).

Bodericke

Outre le village d’Axle, il y avait là auprès, encore inscrite dans le Terrier anglais de 1556, une paroisse de Bodericke. Elle y est désignée comme située proche de Nielles et de Fréthun dont elle était séparée par un chemin appelé « Bodericke street » conduisant de la Leulène au marais. Son territoire touchait à celui de Bonningues et on l’avait annexé à la paroisse de Coquelles.
Ces indications permettent de situer cette paroisse en grande partie sur le territoire actuel de Fréthun, le long de la route de Peuplingues à Fréthun. Il ne reste aucun vestige des édifices qui ont été élevés à cet endroit.
La chronique d’Andres nous a fait connaître ce village sous le nom de paroisse de Budrick, au commencement du XIIe siècle, dans la charte de confirmation des propriétés de l’abbaye par le B. Charles le Bon et nous avons vu plus haut que les cinq journaux de terre, donnés à ce monastère par Eustache de Coquelles, sur son lit de mort, en 1193, y étaient assis (9).
Les chartes de Licques en font aussi mention. Il y avait, en ce lieu, une église qu’Eustache de Coquelles avait donnée en fief à Eustache de Moule surnommé le chien. L’évêque Didier de Thérouanne se fit remettre l’église de Budrick ou Bodericke pour en doter les religieux de Licques, et comme la seigneurie de cette localité était du domaine de la comtesse Ide de Boulogne, on sollicita son approbation , dont le texte est parvenu jusqu’à nous et relaté plus haut à propos des seigneurs de Coquelles.
Par une autre donation, faite en 1223, par Manassès de Coquelles, outre l’autel de Bodericke dont il vient d’être parlé, l’abbaye possédait encore le tiers de la dîme de cette localité.
Il est probable qu’à partir de l’époque où elle reçut la jouissance de l’église de Bodericke, la communauté y détacha, comme dans les autres paroisses de son domaine, un religieux pour la desservir ; ce qu’elle fit sans doute jusqu’à la conquête du pays par les Anglais. Bodericke continua certainement d’exister jusqu’alors, car nous trouvons la dîme de ce lieu affirmée par les comtes de Boulogne à Jehan de Coquelles, en 1338 et 1340, moyennant 10 livres 16 sous 6 deniers payables entre les mains du bailli de Wissant.

La chaussée

Disons maintenant quelques mots des origines de la Chaussée, qui est aujourd’hui le centre de la commune. Elle tire son nom du grand chemin de Calais Boulogne. Ce hameau existait avant la chaussée nouvelle qu’Iriez de Laubanie fit exécuter en 1691. A l’époque de la domination anglaise, on trouve sur les cartes le nom de Cawcic ou Cawcey (onomatopée de la chaussée).
C’est très certainement le siège du fief dont le nom fut porté par Simon de la Chaussée (de Calcata qui vivait au commencement du XIIIe siècle) (10). Il était le fils de Foulques de Merk et de Sara de Markène.

Lambert d’Ardres en parle comme d’un malandrin qui causa beaucoup de dommages au pays boulonnais, sous le règne du comte Renault de Dammarliy, en pillant les voyageurs qui passaient sur la chaussée et en portant encore en d’autres endroits ses déprédations. On a de lui une charte inédite en faveur de l’abbaye de la Capelle, à laquelle il fait don du droit qu’il avait sur la dîme d’Ausque-les-Wissant, tous enfourrages qu’en autres choses. Il y ajoute quelques parties de la dîme de Merck, à charge de trois anniversaires, pour son père, sa mère et son oncle Ingelram. Cette donation fut faite devant l’autel de l’église abbatiale, en présence de l’abbé Guillaume, de tout le couvent et d’une multitude de gens de la paroisse, en 1216, le donateur étant, suivant les habitudes de l’époque, assisté de sa femme et de ses deux enfants, Ingelram et Simon.

La domination anglaise

Les Anglais s’emparent de Calais, le 29 Août 1347. Les familles seigneuriales de Coquelles, de la Chaussée et d’Axlas sont dépouillées et disparaissent, le territoire piétiné, ravagé par les troupes, et les habitants suivent le sort de ceux de Calais, qui furent dispersés dans la France entière. Le roi Philippe de France avait donné des ordres pour qu’ils trouvent partout bon accueil et une situation convenable, mais il est difficile de croire que ce bonnes intentions furent suivies à la lettre à l’égard de tous.
Le territoire de Coquelles garde, anglicisées, quelques une de ses dénominations antérieures : Calkwell, Kalcully, Cawcie, Red Chamber, Bodericke : ce sont des colons anglais qui cultivèrent ces terres fertiles. Il reste l’église de Coquelles et, pour quelques années encore, celle de Bodericke comme témoins des âges passés.
Mais nous n’avons aucun document qui permette de caractériser cette longue période.
Tout au plus, peut-on conjoncturer que les Anglais établiront sur notre territoire plusieurs bastions ou redoutes pour défendre leurs possessions.

Coquelles, pays reconquis

Rendu à la France en 1558, Coquelles était entièrement dévasté : le comte de Pembroke y avait campé, avec toute l’armée anglaise, en juillet de l’année précédente. Pendant le siège de Calais, plusieurs corps de l’armée française y avaient établi leurs quartiers. Son territoire fut partagé entre les chefs de l’expédition victorieuse. Jean d’Estrées, baron de Doudeauville et grand maître de l’artillerie, reçut en propriété la seigneurie de la paroisse avec celle du hameau du domaine de la chaussée. Jean Monchy de Sénarpond, gouverneur de Boulogne, eut la Rouge Cambre et aussi le domaine des Calimottes. La ville de Calais, elle-même, étendit ses communaux sur une certaine partie des terres du village.
Coquelles retrouva une population suffisante, qu’on peut évaluer à 300 habitants, vers l’an 1600.

Une commission, nommée en 1560, comprenant Girault de Mauléon, seigneur de Gourdan, capitaine et seigneur à Calais, Antoine d’Estourmes, conseiller du roi, trésorerie de France en Picardie, Etienne le Rebours, aussi conseiller du roi, et Guy Correl, sieur de Bouzan, commissaire ordinaire des guerres, fut chargée de faire la répartition des terres non encore attribuées, et de fixer les redevances. Leur mission fut terminée le 2 mars 1565. Après beaucoup de débats ils passèrent des baux d’accensement, moyennant une censive d’un sou par mesure pour les marais, de 6 à 8 sous pour les prairies, de 13 à 14 sous pour les terres labourables, produisant lots et ventes au douzième, et , en outre, la dîme champart des gros fruits, au taux d’un sur dix, non compris les grains en vert et qui ne se lient pas.

En 1582, Paul Miraulmont, conseiller au trésor royal, vécut à Calais pour mettre fin à des contestations qui s’étaient élevées parmi les nouveaux habitants, relativement à la division des terres et à la séparation des villages. Il constitua, d’une façon plus précise, le terrier de la région et fit obtenir aux habitants une coutume particulière, qui fut homologuée en 1585 et qui dura jusqu’à l’adoption du code civil en 1804.

Au point de vue administratif, Coquelles fait désormais partie de l’intendance de Picardie, sous intendance de Boulogne, subdélégation de Calais. Les communications officielles arrivent au syndic au moyen de la communauté et aux marguilliers. Pour les affaires importantes, lecture est donnée aux habitants par le curé au buffet de l’église après convocation au son de la cloche. Il faut obtenir autorisation du sous-intendant de boulogne pour faire les dépenses exceptionnelles et opérer leur recouvrement par le moyen de répartition entre tous les propriétaires ou fermiers de la paroisse.

Parmi les rares correspondances échangées entre Coquelles et l’administration , de 1600 à 1789, signalons en 1685, communication au sujet des huttes ou canarderies : en 1747, réparations à l’église et au presbytère ; en 1750 réparations à l’école ; en 1763 et jusqu’en 1766, nouvelles suppliques et réponses pour la réparation de l’église et du presbytère.

A titre d’exemple, reproduisons fidèlement de la délibération prise par l’assemblée paroissiale :
« l’an mil sept cent soixante treize et le dix huit de juillet, la communauté assemblée, après avoir été convoquée en la manière ordinaire et accoutumée, le marguillier a dit qu’il se commettait journellement dans la paroisse des vexations odieuses et ruineuses pour les particuliers de la part des commis de droits réservés et de don gratuit, qu’il était de la dernière conséquence d’en arrêter le cours et d’aviser au parti à prendre. A cet effet, la matière mise en délibération, il a été arrêté qu’il serait fait à cette occasion des représentations à monseigneur l’intendant, qu’il serait supplié de vouloir bien interposer son autorité pour faire cesseer les dites vexations. Et à la pluralité des voix, le choix est tombé sur la personne de Laurent Lizambour, marguiller de la paroisse, lequel nous autorisons à s’opposer aux dites vexations et lui promettons et nous engageons par les présentes de lui en tenir compte, et ce jusqu’à ce que nous ayons reçu réponse de notre dit seigneur intendant.Délibéré à Coquelles le jour et an que dessus, ont signé Laurent Lizambour, marguiller, Delattre, Parenty, Desombre Algout Caron Lecornez, Louis Vasseur, Barbier Quenet, Dufaitrelle, Lorgnier, curé de Coquelles.Ont mis une croix : François Mevel Ousselin, Gabriel Bordigeot. »

D’autre part, voici une décision de Monsieur l’intendant au sujet des gardes étalons, du 13 septembre 1759, enregistrée sur le registre de l’église de Coquelles, le 19 Octobre 1760 :
« Les gardes étalons ne seront exempts de corvées ou charrois d’artillerie que pour le nombre de chevaux, chariots et domestiques nécessaires à l’exploitation d’une charrue. Quant à leurs autres chevaux, chariots et domestiques, ils y seront assujettis concurremment et à tour de rôle avec ceux des autres habitants. Ordonnons aux marguilliers de se conformer à la présente décision, mandons au sieur Duflot, notre subdéléguié à Calais, d’y tenir la main.
Jean Fromont, intendant de Picardie, à Paris, le 13 Décembre 1759. Signé d’Invan (S-in. de Boulogne) ».

Partage des marais

Mais l’acte communal le plus important de cette période est sans contredit le partage du marais qui était resté indivis entre les communes de Coquelles, Fréthun, Coulogne, Nielles, Saint-Tricat et Hâmes.
« l’an mil sept cent soixante dix huit et le dix huit juin deux heures de relevée, nous, François Duflot, subdélégué de l’intendance de Picardie au département de Calais, en conséquence de l’ordonnance de monseigneur le comte d’Agay, intendant de la province, en date du 30 mars dernier, au bas de la requête présentée par le sieur curé et les habitants de la paroisse de Fréthun, avons choisi et nommé d’office le sieur Charles François Bouclet, arpenteur royal en la maîtrise des eaux et forêts de Calais, pour procéder au mesurage et arpentage et dresser un plan figuratif de la totalité des communes des paroisses de Fréthun, Saint-Tricat, Nielles, Coquelles, Coulogne et Hâmes qui sont indivisés entre lesdites paroisses.

Ledit sieur Bouclet , ayant prêté par devant nous serment de bien et fidèlement s’acquitter de cette commission, a fait le mesurage, arpentage, et dressé le plan figuratif des dites communes, en présence des marguillers et principaux habitants des dites paroisses. Lequel plan nous ayant été remis, avons indiqué pour ce jour et heure susdits, une assemblée générale des dites six communautés, pour prendre communication du plan figuratif, en les prévenant que nous nous rendrons en la paroisse de Fréthun, où en effet les sieurs Barthélémy, Lepuiller, Pierre Bouteiller, Gilles Sagnier, Quintin, Mutez, Jacques Bourbier et Jacques Broutin, marguilliers des paroisses de Fréthun, Saint-Tricat, Nielles, Coquelles et Hâmes, ainsi qu’un grand nombre d’habitants des dites paroisses auxquels nous avons communiqué le plan figuratif des communes des susdites paroisses, dressé par le susdit sieur Bouclet, duquel il résulte que la totalité des communes des dites six paroisses contient cinq cent soixante huit mesures quarante sept verges et demie pour le chemin. Et avant de procéder à la division des dites communes, avons requis les marguilliers de nous produire les titres de propriété de ces communes, lesquels nous ont déclaré n’avoir d’autres titres qu’une possession immémoriale, que la concession qui leur a été faite des dites communes est consignée dans le procès verbal dressé par le commissaire du roy après la conquête du Calaisis, qu’ils ont toujours acquitté exactement les vingtièmes, les droits d’usage et les cencives, et après avoir recueilli les suffrages des marguilliers et habitants des dites six paroisses, il a été arrêté, savoir : Coquelles – Que la communauté de Coquelles aurait pour sa portion dans ces communes quatre vingt quinze mesures quarante une verges compris une mesure pour le chemin, savoir une partie de cinq mesures seize verges tenant du levant à des terres à labour et près appartenant à plusieurs particuliers de Coulogne, du couchant au voyeu qui conduit au pont du Leu, au midi au dîmage de Coquelles et au nord audit pont du leu dîmage de Saint-Pierre.
Une autre partie de quatorze mesures cinquante neuf verges, tenant du levant au voyeu qui forme la séparation des dîmages de Coquelles et de Coulogne, du couchant à la rivière du Winfil, au midi au dîmage de Coquelles et au nord au voyeu qui conduit au pont du Leu.
Et une autre partie de soixante quinze mesures soixante six verges, tenant du levant à la séparation de la commune de Coquelles et de Fréthun.
(suit l’énumération des marais attribués aux autres villages)
Lecture faite de la présente division et du partage entre les six communautés de Coquelles, Fréthun, Coulogne, Nielles, Saint-Tricat et Hâmes, les marguilliers de ces paroisses ont déclaré au nom d’icelles les agréer de leur portion, dont et de quoi avons dressé le présent procès-verbal, pour être adressé à monseigneur le comte d’Agay, intendant de Picardie, et être par lui statué sur son contenu ce qu’il appartiendra, et ont lesdits marguilliers et dits nous signé avec nous lesdits jour et an, Signé Lepuillier, marguillier en charge de la paroisse de Fréthun, Jacques Bourbier, marguillier en charge de la paroisse de Coulogne, Pierre Boutillier, marguillier en charge de la paroisse de Saint-Tricat, Mutez, marguillier en charge de la paroisse de Nielles, Jean Broutin, marguillier en charge de la paroisse de Nielles, Jean Broutin, marguillier en charge de la paroisse de Hâmes.
Signé Duflos
Vu le procès verbal ci-dessus ensemble, le plan dressé en exécution de notre ordonnance du trente de mars dernier.
Nous, intendant de Picardie, approuvons le procès-verbal et plan pour être exécuté suivant leur forme et teneur et un extrait d’iceux délivré au syndic des communautés y dénommés, enjoignons auxdits syndics d’enregistrer ledit extrait sur le registre aux délibérations de leur communauté, pour y avoir recours au besoin, et d’en justifier dans le délai de huitaine au sieur Duflos, notre subdélégué à Calais. Fait par le dix huit juillet mil sept cent soixante dix huit. Signé d’Agay, Doret (secrétaire) ».
La partie du marais, attribuée à la paroisse de Coquelles est restée indivisée, comme bien communal, pendant quelques années, et le premier usage que les habitants en ont fait fut un acte de charité envers les pauvres ; nous reproduisons avec satistaction le procès-verbal d’une réunion des habitants à ce sujet :
« L’an mil sept cent soixante dix neuf et le vingt huit de mars, nous soussigné, curé, marguilliers et principaux habitants de la paroisse de Coquelles assemblée, après convocation faite à la manière accoutumée, au buffet de l’église, la cloche préalablement sonnée, à l’effet de pouvoir tirer parti de la partie de commune dans le marais à nous reconnue, nous sudits paroissiens soussignés, par commisération pour la misère du temps où nous nous trouvons, nous dépouillons, pour l’espace de trois ans consécutifs, des droits que nous avons sur lesdites communes entre les mains de monsieur notre curé, de messieurs Parenty, fermier à la Grande Rouge Cambre, de Dupont, propriétaire à notre dite paroisse, de Hubert, fermier à la chaussée, et d’Evrard aussi fermier audit endroit, à l’effet que nous les autorisons à ce qu’ils louent notre dite commune et ce pour être le revenu employé aux besoins les plus pressants de la paroisse qu’ils jugeront dans leur conscience autorisons par ces présentes à se pourvoir par devant monseigneur l’intendant à ce qu’il veuille bien les autoriser dans nos vues. Et nous leur promettons qu’au bout de trois ans nous ne leur demanderons aucun compte, sinon un emploi de l’argent lequel nous recevrons sur leur parole sans aucune pensée de notre part de les inquiéter sur l’emploi, au contraire nous leur promettons d’avoir le tout pour agréable. Délibéré à Coquelles ledit jour et an que dessus et avons signé : Mutez, marguillier, Parenty, Dupont, Evrard, Louis Leleu, Fontaine, Barbier, Algout, L. Vasseur, Querlain, Desombre, Dufeutrelle, François Merlin, Dominique Delattre, Antoine Dion, Jean Cazin, Pierre et François Revel, Dannel. – Lorgnier, curé de Coquelles. »
Le 20 vendémiaire 1793, le marais a été partagé entre tous les habitants de la commune.
La période révolutionnaire, quoiqu’elle ait été moins violente que dans beaucoup d’endroits a eu cependant de nombreuses répercussions sur lesquelles au point de vue religieux. Ainsi, la toiture de l’église s’effondra en 1793, sous l’action de l’incendie qu’y allumèrent les révolutionnaires venus de Calais et de Fréthun. Ne subsiste aujourd’hui que la tour et les amorces de deux murs. La paroisse de Coquelles fut privée d’église, lorsque le Concordat de 1801 permit de nouveau la célébration du culte. Les offices eurent lieu dans une grange aménagée par la circonstance jusqu’en 1858, date à laquelle une nouvelle église fut construite sur décision du Conseil Municipal.

Coquelles fut rattaché au canton de Peuplingues en 1790 jusqu’en 1801, puis entra dans celui de Calais.

Le territoire

Le territoire de la commune de Coquelles, à l’exception de ce qui touche au Blanc-Nez, est très fertile et se prête à tous les genres de cultures. On se souvient encore de l’emplacement de quelques moulins à huile ; il y a cinquante ans, la culture des colzas y était encore très prospère.
Depuis, les moulins à huile ont disparu et les colzas ont été remplacés par une culture de céréales (blé et avoine) beaucoup plus intense, et par celle de la betterave et de la chicorée. Au début du XXe siècle la ville possédait deux sècheries de chicorées : l’une à la Capelette, l’autre à la Française.
La plupart des habitants étaient donc à cette époque des cultivateurs ou ouvriers agricoles : cependant, quelques-uns vont travailler en ville (tulle, chemin de fer, soierie, ciment, etc. ) Les femmes, du moins à certaines périodes, se sont adonnées au découpage du tulle. Signalons, pour mémoire, l’extraction très peu intensive de la chaux aux carrières.
En 1923-1924, une usine à ciment a été construite aux Calimottes entre Coquelles et Sangatte. Les travaux nécessaires pour l’éclairage électrique du village ont été exécutés en 1925.